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Devenir professeure de yoga : deux ans après


 

S'il y a une chose qui me vient tout de suite en pensant à la nouvelle voie que je suis, ce sont les rencontres. De nouvelles personnes font désormais partie de ma vie et grâce à elles, j'ai redécouvert le sens du mot "partage". Je m'explique... J'ai été un paquet d'années à bosser la tête dans le guidon sans trop me préoccuper de ma vie sociale. Je crois que j'avais un peu oublié ce que c'était de faire de nouvelles rencontres, de s'ouvrir à l'autre, de partager une discussion, un repas, une soirée. Je crois que j'étais devenue encore plus sauvage que je ne l'étais auparavant. Non pas que je me croie au-dessus de tout le monde, mais je ne voyais pas bien ce que j'avais à apporter aux autres et ce que eux pouvaient m'apporter. Et pourtant, quand je me suis décidée à briser cette putain d'armure, quelle beauté ! Quelle richesse ! Je ne dis pas que je suis devenue la femme la plus sociable du monde, il y a des semaines entières où j'ai juste envie de me planquer dans ma grotte, des jours où je n'ai pas envie de parler pendant des heures, et c'est ok de l'admettre et de se l'autoriser aussi souvent que nécessaire, tant que cela ne m'empêche pas de m'ouvrir aux autres à d'autres moments.

Je me souviens qu'une amie rencontrée à Bali m'a dit à la fin de la formation : "c'est fou, on a l'impression que tu t'es débarrassée des couches qui t'encombraient. Tu avais l'air beaucoup plus grave et sérieuse, et maintenant tu rayonnes, on dirait une femme sauvage !". En fait cela résume parfaitement mon idée de ce que la voie du Yoga apporte à l'Humain. Plonger au-dedans, repérer ce qui nous empêche d'avancer, se laisser traverser par toutes les émotions, les sensations et les souvenirs qui ont besoin de refaire surface. Et puis décider de la suite. Apprendre une nouvelle réalité peut-être. S'éloigner de personnes toxiques ou qui ne nous conviennent plus. Faire une mise au point si nécessaire auprès de nos proches. Inviter plus de légèreté, de rire dans son quotidien. Comprendre ce qui nous nourrit vraiment et ne pas s'encombrer avec de la nourriture tiédasse, fade, sans saveur.

 

Au retour de Bali, il m'a été donné l'opportunité de remplacer une professeure de yoga de Rouen qui partait en congé maternité et qui m'a fait confiance pour reprendre quelques-uns de ses cours hebdomadaires. Nous étions fin mai 2018, cela faisait plus de 6 mois que j'avais vendu le restaurant, que je vivais chez mes parents et que je ne touchais pas de salaire. Malgré la peur de l'inconnu, j'ai foncé. Par besoin financier d'une part, et par goût du défi d'autre part. Je me souviens encore de mon 1er cours, j'étais totalement stressée, avais appris ma séquence et mon texte par coeur pour finalement tout oublier. J'ai improvisé une séquence que je pratiquais beaucoup à l'époque...et ça s'est bien passé ! Enfin je pense. Parce qu'au fond de moi, je me suis quand même demandé si je n'avais pas fait un cours de merde et si personne n'allait jamais revenir. Les gens sont revenus. Pas hyper nombreux, mais cela me suffisait pour me sentir de plus en plus en confiance, pour m'entraîner à enseigner mes cours.

En juillet et août j'ai donné quelques cours supplémentaires en extérieur dans la ville où vivent mes parents. Mon meilleur ami est venu, ma soeur est venue, des amies de ma soeur, puis d'autre personnes qui avaient vu les flyers. Ces moments vont resté gravés longtemps je pense : le cadre, le sourire des gens, mes blagues, les moments où je confonds ma droite de ma gauche... Surtout au fur et à mesure que je donnais ces cours, je me rendais compte de l'effet que procurait le yoga aux élèves. Purement et simplement. Et çà, ça me rendait très humble et me rappelait pourquoi je fais ce que je fais : partager avec d'autres ce qui m'avait tant apporté à titre personnel.

 

A la fin de l'été 2018, j'étais rentrée en contact avec 3 associations de village, 1 association rouennaise et avec Julie, la créatrice de ce qui allait devenir le studio Yogart à Rouen. A la rentrée, j'avais réussi à organiser un planning de 10 cours par semaine. Cela ne faisait pas beaucoup de rentrées d'argent, mais m'a suffi à pouvoir partir de chez mes parents et m'installer dans un "chez moi". J'ai rencontré d'autres professeures de yoga que je suis heureuse de considérer aujourd'hui comme mes amies. Je pense à une rencontre en particulier qui m'a beaucoup enrichie (et continue de la faire !), tant sur le plan personnel que professionnel. Une personne avec qui j'ai beaucoup de point communs et qui m'a aidée à me sentir plus à l'aise dans mon rôle de prof. Je me rendais compte que, malgré l'admiration que j'avais pour elle en tant qu'enseignante, elle aussi ressentait parfois le même manque de confiance en elle, elle aussi avait des mauvais jours, elle aussi sortait parfois d'un cours en se disant qu'elle l'avait complètement raté. Encore une fois, autoriser l'Autre à entrer dans ma vie m'a permis d'évoluer.

On ne parle pas toujours de l'expérience des jeune professeurs de yoga au sortir de leur formation de 200 heures, qui est le format le plus "couru" en ce moment. Alors je vais vous donner mon impression : aussi dense et qualitative fut cette formation, je suis revenue en France en ayant l'impression de ne rien savoir. Ou en tout cas, de ne pas savoir assez pour être légitime en tant qu'enseignante. D'ailleurs je me souviens que Stéphanie, notre formatrice, a évoqué le fait que personne ne devient professeur de yoga si l'on se fie à sa définition brute. Plutôt, nous sommes des "préparateurs" à l'apprentissage éventuel de la pratique du yoga. Nous enseignons la forme "physique" du yoga, les asana. Parfois, je me demandais si je n'avais pas brûlé les étapes et sincèrement je pense que dans un sens, oui. Avec le recul que j'ai aujourd'hui, je me dis que j'aurais sans doute dû suivre une formation plus longue avant de me lancer. Mais les choses sont comme elles sont. Je n'enseigne que ce que je sais. Ce dont je suis intimement convaincue. Lorsque j'évoque les chakra et les bandha, je le fais en m'appuyant sur ce qui fait sens pour moi, pas simplement en recrachant ce que j'ai lu sur transformetavie.fr. Si quelque chose ne fait pas sens pour moi ou s'il y a quelque chose que je ne comprends pas bien, je ne l'évoque tout simplement pas. Par exemple, il y a certains pranayama (exercices de respiration) que j'ai du mal à pratiquer moi-même car je ne l'ai pas encore bien intégré. Eh bien je ne les propose pas à mes élèves. J'ai rencontré hier un praticien en massage thaïlandais qui m'a dit : "je suis ouvert à tout, même des choses qui peuvent me paraître un peu barrées, mais je garde en tout temps mon sens critique". Et c'est ce que je ressens aussi. Je suis plutôt encline à la spiritualité, mais je suis également très pragmatique. 

 

A la rentrée 2019, je partais au Portugal pour donner ma première retraite de yoga avec mon amie Biddy. Ce fut une expérience superbe et riche d'enseignements. Mon planning de l'année s'étant étoffé en cours d'année, je donne désormais 13 cours par semaine, un cercle de Femmes et un ateliers tous les 2 mois. J'ai 3 retraites de prévues cette année. Ma vie me semble infiniment riche et remplie de sens.

Je continue à beaucoup étudier et lire pour apprendre. Je continue à me former, à m'informer. J'écoute mes envies profondes et me laisse de plus en plus mener par mon intuition.

 

Merci de votre lecture.

 

 

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Commentaires: 4
  • #1

    Dad (jeudi, 30 janvier 2020 13:54)

    Tout ce que je viens de lire me plaît beaucoup, et de te voir épanouie m'enchante! Toi aussi tu aides les autres à ta manière , et cà, c'est un moteur pour sa propre vie.
    Pour ne pas dire LE moteur...
    Aider et aimer ou aimer et aider !!!
    Je t'aime ma petite Marie

  • #2

    Veronick (jeudi, 30 janvier 2020 15:07)

    Tu es une belle personne très inspirante Marie , et tes cours me font un bien fou .... tu es au bon endroit au bon moment . Namasté ���

  • #3

    Stéphane (vendredi, 31 janvier 2020 09:10)

    Tu es une femme volontaire et courageuse. Je suis pas étonné que cette nouvelle vie soit une réussite.

  • #4

    Marie Dee ;) (vendredi, 14 février 2020 19:09)

    Moi aussi je t’aime ma petite Marie ����