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Apprendre l'amour de soi, un processus long mais passionnant

La semaine dernière j'avais un rendez-vous médical de routine qui se déroulait bien, j'avais même un très bon feeling avec la praticienne. Puis elle m'a demandé de monter sur la balance pour contrôler mon poids. J'ai obtempéré à contre-coeur et en voyant le nombre s'afficher... Mon sourire s'est effacé et, autant être honnête, le restant de ma journée a été gâché. A cause d'un putain de nombre. J'ai pris 5 kilos depuis que j'ai arrêté la restauration. Pas vraiment étonnant vu que je bossais 14 h par jour en moyenne et que j'avais du mal à m'arrêter pour faire un repas correct. Je sentais bien que je remplissais mieux mes vêtements depuis quelques temps, mais cela ne me posait pas plus de problème que çà. Les choses évoluent sans cesse, il y a des périodes où mes vêtements sont plus ajustés, d'autres moments moins. Evidemment que mon corps va être beaucoup plus sculpté après un mois de formation à Bali, avec 2 pratiques de yoga quotidiennes, une nourriture archi saine servie pour pas cher à tous les coins de rue... A contrario, évidemment que mon ventre va être un peu plus mou si je bois plus souvent de l'alcool, m'autorise à manger des chips et des desserts... Le tout étant de rester dans une démarche saine la majorité du temps, ce que je fais.

 

La balance, je ne l'utilise plus depuis 2 ans environ, au moment où j'ai réalisé à quel point elle était toxique pour moi et ma relation à mon corps, à moi-même. J'ai fait ce choix après de très longues années à me peser une à deux fois par semaine, sans faute. A limite emmener la balance en vacances avec moi pour être sûre de pouvoir me "contrôler". Au moindre 500 gr de plus, il me suffisait de manger moins que d'habitude et tout revenait dans l'ordre. Tant que le nombre affiché me plaisait, j'étais heureuse. Sinon, mon humeur s'assombrissait et tout me semblait à recommencer. Je parlais beaucoup à mon compagnon de l'époque qui était très attristé par cette relation toxique que j'entretenais avec mon poids et mon corps. Il essayait de comprendre pourquoi. Il avait vu pas mal de photos de moi enfant et ado chez mes parents et me disait : "tu n'étais absolument pas en surpoids !". Cela a été une sorte de révélation en fait, personne ne me l'avait jamais dit.

N'étant pas une grand fan des professionnels de la santé mentale, j'ai tenté avec l'aide de mon compagnon de décortiquer les choses par moi-même, de comprendre pour essayer de me libérer de cette obsession qui me rendait très malheureuse.

 

Laissez-moi vous raconter mon histoire...

Je suis née sous la forme d'un bébé sain, ni trop gros ni pas assez. Enfant, je n'étais pas de ces petites filles "brindilles" mais j'étais plutôt potelée, comme pas mal d'enfant au final. J'ai toujours aimé manger de tout, plein de légumes et de fruits, du pain croustillant et les occasionnels bonbons qui rendent tous les enfants gaga de sucre. J'ai toujours eu le bec sucré c'est clair, j'ai même consacré 10 ans de ma vie à la pâtisserie. Toujours pas brindille, vers l'âge de 10-11 ans, ma mère a décidé de m'emmener voir un nutritionniste et j'ai commencé mon premier régime. Tranches de pain complet avec margarine allégée le matin, blanc de poulet légumes, un fruit par-ci par-là... Vous voyez le topo. Il y avait des fois des barres chocolatées à la maison mais je n'avais pas le droit d'y toucher pour ne pas grossir davantage. J'ai commencé à nourrir une relation de honte et de culpabilité par rapport à la nourriture que j'ingérais. Un jour à l'école, je faisais la queue pour rejoindre la cantine et je n'étais pas loin de mon meilleur ami de l'époque, un garçon qui vivait dans mon quartier avec qui je m'entendais super bien, rigolais beaucoup et qui fut mon premier crush de gamine. Dans la queue, j'entendais ses copains le charrier : "alooors Marie c'est ton amoureuse?" Et lui de répondre : "pas du tout, Marie c'est un gros cageot !". Je n'ai pas mangé ce jour-là à la cantine. Je crois que j'ai pleuré aux toilettes, coeur tambourinant dans ma poitrine.

J'ai commencé à me comparer aux autres enfants. Je me trouvais grosse, pas jolie. J'ai développé un goût pour l'humour, je voulais être drôle à défaut d'être une jolie petite fille. Tout le monde me trouvait drôle. J'avais beaucoup de copains. Et des copines aussi, que j'aimais mais auxquelles je me comparais sans pouvoir m'en empêcher. Elles étaient toutes plus jolies, plus minces que moi à mes yeux, donc MIEUX que moi en fait. Jamais mes amies ne m'ont fait de remarque sur mon apparence physique. Pas une fois. Mais c'était déjà trop ancré en moi.

Une fois nous étions parties en vacances ma soeur et moi, mes parents, des amis et leurs enfants. Ces amis dans leur placard avaient des biscuits que j'adorais, mais je n'y avais pas vraiment droit. Alors un après-midi que les autres étaient je ne sais où, je suis allée piquer des biscuits dans le placard et je les ai mangé en cachette. Je me souviens qu'ils m'ont paru trop bons, mais finalement leur goût est  resté un peu amer, après l'engueulade à laquelle j'ai eu droit de la part de ma mère. Je savais que j'avais "volé" quelque chose et que ça ce n'était pas cool, mais dans ma tête, honteuse, j'ai surtout pensé que j'étais une petite grosse qui n'avait pas su se retenir de manger un biscuit au chocolat.

 

Est venu la période du collège, où j'ai eu mes règles, j'ai grandi, mes seins ont poussé. J'ai vraiment eu beaucoup de mal avec cette période de ma vie. A un moment où la puberté enflamme les hormones des petits mecs et des petites nanas, moi je n'avais aucune envie d'avoir un petit copain. Aucun intérêt à mes yeux. Je me souviens de pas mal de remarques désobligeantes sur le fait que je n'étais pas petite et maigre comme certaines de mes copines qui n'étaient pas encore menstruées, n'avaient pas encore de seins. Vraiment à l'époque, je voulais juste apprendre l'anglais, partir en Angleterre l'été, lire mes bouquins chez moi et faire du théâtre. Fin du collège j'ai commencé à fumer mes premières clopes et boire mes premières Despé avec une copine. Je faisais plus vieille que mon âge et j'ai réalisé que j'attirais le regard des mecs. Pas vraiment ceux de mon âge, des garçons plus âgés. Je trouvais çà excitant, intriguant et quelque part, ça me faisait du bien. Pour la première fois je me trouvais jolie.

 

La période du lycée était nettement plus sympa, je me suis fait des ami.e.s que j'ai toujours, je me suis vraiment crée une famille de coeur. Je continuais toujours à me trouver pas comme il faut physiquement, pas assez cool des fois, mais j'avais pas mal de potes avec qui je vivais des moments vraiment chouettes. Une fois avec des copines on a découvert le classement qu'avaient réalisé des mecs de notre âge, répertoriant les filles du lycée selon leur "beauté" (avec le recul j'imagine aussi qu'ils incluaient le tour de poitrine, le degré de rebondi de la fesse...) Il y avait même un système de vote. La féministe que je suis aujourd'hui a un peu honte d'avouer que j'étais ravie de voir que non seulement je figurais dans cette liste, mais qu'en plus je faisais partie des premières ! A partir de ce moment-là, j'ai compris le pouvoir qu'avait la sexualité sur les hommes. J'ai compris que je pouvais utiliser ma sensualité de femme pour gagner en puissance. Enfin c'est ce que je pensais à l'époque...

 

Je suis tombée amoureuse pour la première fois quand j'étais en 1ère. Raide dingue amoureuse. Et c'était réciproque, jusqu'au jour où j'ai compris qu'il me trompait depuis quelques temps avec ma meilleure pote de l'époque. Je me souviens encore du coup de poignard cinglant que j'ai ressenti dans ma poitrine en réalisant ce qu'il se passait. Je passe sur le fait qu'il est revenu vers moi quelques mois après, que je l'ai trompé à mon tour pour un mec plus âgé qui se fichait littéralement de savoir si j'étais cultivée ou non, puis que j'ai rompu. Après cette histoire intense, je crois que dans un coin de ma tête je me suis dit : "ok, tu t'es fait avoir une fois, mais maintenant tu vas garder le contrôle sur ce qui se passe. tu ne te feras plus avoir."

Dans ma vie de jeune adulte j'ai eu 2 grandes histoires d'amour. Deux hommes avec qui je construisais quelque chose, deux hommes que j'aurais suivi au bout du monde. Deux hommes aussi que j'ai fini par tromper puis quitter en les aimant toujours profondément. Parce qu'en quelque sorte, embarquée dans une routine où je ne doutais jamais de l'amour de l'autre pour moi, je n'avais plus de moyen de savoir si j'étais toujours aussi jolie, désirable. Le regard de mon amoureux ne suffisait pas à me rassurer. Alors je me suis laissée charmer par des hommes qui n'en valait absolument pas la peine, j'ai brisé le coeur de mes amoureux, je me suis infligée cette peine immense parce que je n'étais pas fichue de me poser et d'essayer de guérir mon âme malade, ma peine d'enfant blessée.

 

Je suis passée par tellement de stades toxiques. Tellement de régimes. Je m'affamais, puis j'engloutissais, puis j'avais honte, puis ça allait... puis ça recommençait. J'ai fait du sport à en épuiser mes muscles pour compenser le fait de manger un cookie. Je me suis fait vomir quelques fois. J'ai pleuré beaucoup. C'est très violent pour moi de raconter cela mais ce que je tire de toute mon histoire, c'est qu'il est possible d'aller mieux. Il est possible de se sortir de ce cercle infernal. En se donnant beaucoup d'amour et en laissant l'amour que les autres ont pour vous pénétrer au plus profond de vos cellules jusqu'à ce que vous en soyez convaincu. En comprenant que ce qui fait que les gens vous apprécient, ce n'est pas votre ventre plat, vos fesses rebondies ou le fait que vous soyez libérée sexuellement. En arrêtant de vous compromettre pour les autres, même si ça veut dire qu'au passage vous perdrez quelques personnes. En faisant rayonner votre véritable vous dénué de mensonge et de retenue, vous attirerez à coup sûr les personnes qui vous correspondent et qui vous apprécient pour ce que vous êtes.

 

Il y a quelques temps lors d'un yoga nidra, j'ai eu une visualisation de moi enfant, blondinette à couettes marchant dans l'immense jardin de la maison des Landes de nos grands-parents. Je me suis imaginée la tenir par la main, l'enlacer et lui murmurer à l'oreille : "tu es parfaite Marie, absolument parfaite. Avance avec confiance dans la vie parce que tu vas réaliser de grandes choses et tu seras si forte. Avance avec confiance en sachant que je t'aimerais profondément jusqu'au bout."

 

Je m'appelle Marie, j'aurais 33 ans dans quelques jours. J'ai de grands yeux bleus qui me viennent de mon papa et un nez un peu gros. J'ai un corps robuste et solide qui me transporte toute la journée. J'ai le ventre un peu mou, les cheveux un peu sec et des tatouages. Je ne sais pas si la route sera encore sinueuse pour moi, mais ce que je sais c'est que l'amour que j'ai pour moi est désormais inconditionnel, parce que, on ne va pas se le cacher, je trouve que je suis une sacrée badass !

 

Merci de m'avoir lue.

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Commentaires: 4
  • #1

    Barbe (vendredi, 26 juillet 2019 19:57)

    ... tellement de similitudes
    35 ans pour comprendre que mon sex appeal ne venait ni de mes courbes ni de mes seins mais bien de la simple personne (mince) que je suis aujourd'hui.
    Par contre je dois avouer que je ne suis pas vraiment libérée de cette ombre de petite fille grosse qui a longtemps plané au dessus de moi ... le moindre kilo en trop me mine toujours .... ma silhouette reste un faire-valoir à mes yeux.
    j'ai beau avoir conscience de l'absurdité et surtout du diktat masculin de cette norme ... elle ne me lâche pas.
    Sororité ! Toutes différentes, toutes des femmes.

  • #2

    Celine (vendredi, 26 juillet 2019 20:39)

    C’est Grave comme on aimerait toutes avoir ce qu’on a pas ..... t’es carrément belle ! Ho la là c’est vrai que c’est un vrai boulot de s´aimer ! ���

  • #3

    Steph B (jeudi, 12 septembre 2019 22:10)

    Avec un peu de retard
    Je viens de finir de lire ton histoire.
    Je suis très fière de toi, c'est pas évident de se dévoiler comme tu le fais.
    Moi je te trouve parfaite.

  • #4

    Steph (jeudi, 12 septembre 2019 22:13)

    Fier *